L'art du béton

L’Art de la justesse

Laura Gaudé-Yannicopoulos I Atelier ARTEMIS

10/27/20252 min read

Le béton, l’art de la justesse : quand la modernité dialogue avec l’ancien

Le béton est sans doute le matériau le plus décrié de notre époque. On lui reproche son empreinte carbone démesurée, sa froideur esthétique, son uniformisation du paysage urbain. Il serait le symbole d’un XXᵉ siècle qui a cru pouvoir maîtriser le monde à coups de coffrages et de ciment. Et pourtant, lorsqu’il rencontre l’ancien, le béton retrouve du sens. Il devient le lien entre les époques, un langage de contraste et d’équilibre.

Le béton comme contrepoint, pas comme envahisseur

L’erreur historique du béton fut peut-être de vouloir tout remplacer. Mais lorsqu’il s’inscrit en contrepoint d’une matière ancienne — pierre, bois, terre — il révèle la beauté de l’autre. Sa neutralité chromatique, sa texture brute et sa géométrie rigoureuse permettent de mettre en valeur la patine du passé, les irrégularités, les failles, les traces du temps.
Le béton devient alors silence, pause, respiration entre les voix du bâti.

Le béton, héritier de la main et du geste

On oublie souvent que le béton n’est pas qu’un matériau industriel : c’est aussi un matériau de main et de savoir-faire. Sa mise en œuvre, ses nuances, ses porosités dépendent du geste de l’artisan. Dans un contexte patrimonial, cette dimension retrouve toute sa noblesse : le béton se fait humble, il s’ajuste à l’existant, il s’efface parfois pour soutenir, stabiliser, souligner.
Il devient outil de préservation autant qu’élément de création.

Le sens écologique du contraste

Certes, le béton reste énergivore. Mais le véritable enjeu écologique aujourd’hui n’est plus seulement de bannir tel ou tel matériau : c’est de construire moins et mieux. Restaurer, transformer, prolonger la vie du bâti existant est infiniment plus vertueux que de reconstruire à neuf. Dans cette logique, le béton devient un médiateur : il permet d’intervenir avec précision, de renforcer sans dénaturer, d’ajouter sans effacer.
Il devient l’allié discret d’une écologie du réemploi, où chaque geste compte.

Le béton comme écriture contemporaine

Enfin, le béton, lorsqu’il dialogue avec l’ancien, assume sa contemporanéité. Il ne cherche pas à imiter. Il affirme un temps présent qui s’inscrit avec respect dans une continuité. Il dit : « Nous sommes là, aujourd’hui, et nous vous reconnaissons, vous d’avant. »
Ce dialogue entre les époques crée une émotion particulière, faite de tension et d’équilibre — celle de la modernité qui n’oublie pas d’où elle vient.

Ainsi, le béton trouve du sens quand il n’est plus un symbole de domination, mais un acte d’humilité.
Quand il sert non à couvrir, mais à révéler.
Quand il assume sa force brute pour mieux soutenir la fragilité du passé.

C’est là, dans cette rencontre entre la matière brute et la mémoire du lieu, que réside la véritable poésie du béton.